Le tout gratuit

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J’ai l’impression que les gens ont oublié que le numérique est physique et que les choses on un coût.

C’est quelque chose qui revient souvent autour de moi : Est-ce que tu n’as pas moyen de me trouver “insérer un service numérique” gratuit stp ? Ah c’est chiant ce service est payant… Oh bah non alors. J’ai acheté ce téléphone, il était pas cher !

Alors je sais bien que le coût de la vie augmente. Que la vie est chère et que ce n’est pas simple pour tout le monde. Mais est-ce qu’on a cette même réflexion du tout gratuit absolu pour les objets et services physiques ? Je ne suis pas sur. Beaucoup vont essayer de chercher l’objet le moins cher possible. D’occasion même et c’est bien. Mais ça n’enlève pas la conscience du coût initial de l’objet.

Mon point, ce n’est pas de payer ou non le service au final, mais d’avoir conscience de son coût.

Quand j’utilise YouTube, je sais que j’utilise gratuitement un service qui coûte plusieurs milliards à Alphabet. Où est la douille ? Je sais que mes données le financent. Ce sont mes données de consommation, d’usage qui vont permettre à YouTube de m’afficher de la publicité ultra ciblée pour pouvoir se rémunérer. Et je l’accepte parce que je n’ai aucune alternative. Et ça me pose problème. Mais au moins j’en ai conscience.

Quand je dis qu’il faut payer quelques euros par mois pour gérer sa sécurité numérique avec gestionnaire de mots de passe, on me dit “oh bah non alors. Si c’est payant, c’est pas la peine.”

Mais… vous savez ce que vous payez au moins ? Vous diriez à un serrurier : “Ah la serrure est payante ? Et l’intervention aussi ? Oh bah non, laissez la porte ouverte, c’est pas grave”. Je ne pense pas. Pourtant, c’est EXACTEMENT le même principe. Le gestionnaire de mot de passe protège votre vie numérique peut-être mieux qu’une serrure protège votre appartement.

On veut bien payer l’un, mais pas l’autre…

Je ne dis pas qu’il faut payer absolument pour tout tout le temps, mais il faut questionner le pourquoi des choses. D’ailleurs, il est intéressant de constater que beaucoup ne rechignent pas à payer Spotify, Netflix, Disney + et je ne sais quel autre abonnement sans même vraiment utiliser le service. Mais quand ça concerne autre chose que du divertissement, c’est non.

On paye bien notre essence pour gérer nos déplacements en voiture ? Oui, mais là c’est pas pareil, on n’a pas le choix.

Ah bon ? On peut ne pas avoir de voiture, prendre le bus, marcher ou prendre le vélo. On a le choix. Et ces choix entrainent des conséquences. Mais bien souvent, on va faire le choix de la facilité, de la simplicité.

Le virtuel est physique. Même si c’est sur l’ordinateur de quelqu’un d’autre, une application, un programme consomme des données et de l’électricité. Un ou plusieurs développeurs ont passé du temps à écrire le programme qui la fait tourner. Ils l’ont testé, débogué. Et tout ça a un coût en temps, un coût humain. Et ça, quelqu’un doit le payer.

Soit une bonne pomme l’offre gratuitement à la communauté, merci le libre et l’OpenSource (quoi que cela ne veuille pas dire systématiquement gratuit), soit vous payez, soit… c’est vous le produit. Par vos données, par votre attention.

Mais à un moment, il faut payer la facture de votre usage.

Les GAFAM (entre autres) nous ont habitués au “tout gratuit”. Je pense que le tout gratuit est une tumeur qui nous a gangréné. Parce qu’une fois que l’habitude du tout gratuit est bien profondément implantée, il est difficile de revenir en arrière.

Résultat, les médias cherchent des financements autrement en se faisant racheter, en nous bombardant de publicité, ce qui entraine une course à l’attention et donc des informations les plus sensationnalistes et de moins en moins fiables.

Se questionner sur comment une entreprise, un média, un service se rémunère devrait être un réflexe. Ça permet de comprendre de quelle façon il va nous vendre son produit. Et peut-être comprendre que le produit, c’est nous, vendu à des entreprises qui achètent notre attention.

On pourrait me dire “et au pire, c’est pas grave, je leur donne moi mes données !”

Alors déjà, il y a le risque cyber que cela représente. Plus on en sait sur toi et plus les attaques qui vont te cibler pourront être précises. Et ne t’inquiète pas qu’avec les vagues continues de fuites de données que les entreprises subissent en ce moment, tes données circulent déjà donc prépare-toi à recevoir du phishing. Un autre point, c’est ce que des entreprises peuvent faire de tes données. Qu’est-ce qui te dit que ton usage, tes habitudes, ta consommation ne sera pas illégale demain ? Ou répréhensible dans le pays où tu comptes aller prochainement ? Dystopie ? Non. Les États-Unis checkent déjà les réseaux sociaux pour savoir ce que tu penses d’eux avant de faire rentrer les étrangers. T’inquiète pas qu’en cas de besoin, ils peuvent récupérer les données qui trainent partout.

Et puis il y a aussi le risque direct sur notre consommation. Si le contenu que nous consommons n’est tourné que pour attirer notre attention, n’y aurait-il pas un petit risque d’abrutissement et donc que l’on perde toute réflexion ?

Je pense que oui et j’ai l’impression que c’est déjà le cas. La perte d’attention est un fléau.

Dans la rue, dans le train, en voiture, dans les restaurants, je ne vois que des gens scroller sur leur téléphone. Pour consommer du contenu gratuit conçu pour garder leur attention et ainsi les faire rester sur la plateforme de leur choix. À bouffer de la publicité en continu.

On est drogué au gratuit. On a perdu le sens des valeurs de ce que l’on consomme.

Je me suis égaré, mais j’avais besoin de poser des mots.

Bonne année.